lundi, mai 11, 2015

📢 FFKM : DE LA RÉCONCILIATION Ă€ L’AVENTURISME POLITIQUE

Le FFKM (Conseil des Églises chrĂ©tiennes Ă  Madagascar) a donc tenu ses Assises nationales au CCI d’Ivato, du 28 avril au 2 mai 2015. L’objectif proclamĂ© en Ă©tait la « rĂ©conciliation nationale ». Il y a deux ans, lors d’une confĂ©rence nationale tenue du 2 au 4 mai 2013 au mĂŞme lieu, il avait dĂ©jĂ  tentĂ© d’imposer ses vues, rĂ©sumĂ©es en trois slogans : refondation de l’État, nouvelle transition, nouvelle constitution. Et dĂ©jĂ , une lettre du Bureau de la ConfĂ©rence Ă©piscopale datĂ©e du 30 avril 2013, avait exprimĂ© l’apprĂ©hension des Ă©vĂŞques catholiques[1] et, au-delĂ , de nombre de citoyens quant aux probables dĂ©rives qu’une telle dĂ©marche pourrait entraĂ®ner. Le mĂŞme Bureau a rĂ©itĂ©rĂ© ses inquiĂ©tudes avant les rĂ©centes Assises : « Dans la rĂ©conciliation en cours, ce sont les affaires politiques qui ont pris le dessus. Est-ce bien le moment d’y faire entrer les affaires politiques, et est-il du ressort du FFKM d’en discuter ? Pourquoi donc ne pas faire clairement connaĂ®tre Ă  la population les objectifs de la RĂ©conciliation dont se prĂ©occupe le FFKM ? Il est vrai que le contenu des 4F est dĂ©jĂ  clair, mais qui s’agit-il vĂ©ritablement de faire se rĂ©concilier ? »[2]. La lettre a provoquĂ© l’ire du pasteur Rasendrahasina, prĂ©sident en exercice du FFKM[3], mais aux questions posĂ©es, qui concernent pourtant l’ensemble des citoyens, aucune rĂ©ponse n’a Ă©tĂ© apportĂ©e.

Et pour cause : les rĂ©solutions des Assises, dont l’intĂ©gralitĂ© n’a toujours pas Ă©tĂ© publiĂ©e, semblent faire l’impasse sur la rĂ©conciliation, pour ne traiter que de sujets Ă©minemment politiques. Plus question de rĂ©conciliation venant d’en haut (les chefs d’État, ancien et actuel), censĂ©e descendre ensuite vers le bon peuple. Par contre, elles ne demandent rien de moins que la dissolution[4] de toutes les institutions de l’État (sauf la prĂ©sidence de la RĂ©publique - pourquoi cette exception ?) et la dĂ©signation (par qui ?) d’une assemblĂ©e constituante pour un mandat de deux ans. Bref, un coup d’État institutionnel, sauf que les institutions concernĂ©es n’ont guère l’envie de se suicider : le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale rappelait Ă  juste titre que les 1.830 membres auto-dĂ©signĂ©s de ces Assises ne reprĂ©sentaient qu’eux-mĂŞmes, alors que la reprĂ©sentation nationale revient en toute lĂ©gitimitĂ© aux Ă©lus du peuple que sont les dĂ©putĂ©s (mĂŞme mal Ă©lus et incapables d’assurer correctement leurs fonctions).

Car l’obscuritĂ© la plus Ă©paisse entoure le dĂ©roulement de ces Assises dites nationales : qui en ont Ă©tĂ© les membres ? En dĂ©pit de nombreuses sollicitations, la liste n’a pas Ă©tĂ© rendue publique, ce qui laisse soupçonner des manipulations dans sa composition. Or ces 1.830 anonymes ont prĂ©tendu reprĂ©senter les 23 millions de citoyens malgaches : qui leur a donnĂ© ce pouvoir, qui n’a aucun fondement juridique ? Alors qu’ils ne reprĂ©sentent qu’eux-mĂŞmes, de quel droit exigent-ils la dissolution d’institutions (mĂŞme bancales) issues d’Ă©lections dĂ©mocratiques (mĂŞme contestables), et le changement d’une Constitution (loin d’ĂŞtre parfaite, mais amendable) plus ou moins pratiquĂ©e depuis moins de 18 mois ? En exigeant un « exĂ©cutif fort », savent-ils qu’il ne peut y avoir (sauf cas de dictature avĂ©rĂ©e) un exĂ©cutif fort sans un lĂ©gislatif tout aussi fort ? Ă€ l’image du rĂ©gime prĂ©sidentiel amĂ©ricain, sont-ils prĂŞts Ă  accepter un Congrès (AssemblĂ©e et SĂ©nat) aussi puissant que le PrĂ©sident, les pouvoirs de l’un et de l’autre Ă©tant clairement dĂ©finis et aucun ne pouvant empiĂ©ter sur le domaine de l’autre ? L’objet mĂŞme de la Constitution de 2010 n’Ă©tait-il pas de diminuer le pouvoir excessivement fort de l’exĂ©cutif, surtout tel qu’il fut pratiquĂ© par les prĂ©sidents prĂ©cĂ©dents ? Que pareil bricolage soit cautionnĂ© par le FFKM laisse songeur ; ces gens savent-ils de quoi ils parlent ?

Ă€ l’origine de ces prĂ©tentions, des « responsables » religieux. Leur dĂ©marche, a rĂ©cemment rappelĂ© le coordinateur du SeFaFi, est tout simplement inconstitutionnelle, puisque la Constitution impose la laĂŻcitĂ© de l’État. Par ailleurs, nul ne sait sur quels fonds publics a Ă©tĂ© financĂ© l’ensemble du processus, qu’il s’agisse des rĂ©unions des ex-chefs d’État, des assises rĂ©gionales ou des assises nationales, le financement Ă©tant aussi obscur que l’identitĂ© des participants. Or il existe une instance officielle de rĂ©conciliation instituĂ©e par l’article 168 de la Constitution, le Conseil du Fampihavanana Malagasy ou FFM (Filankevitry ny Fampihavanana Malagasy) et par la feuille de route, devenue loi, de septembre 2011. Pourquoi avoir Ă©cartĂ© cette structure lĂ©gale dont la composition et le fonctionnement peuvent ĂŞtre amĂ©liorĂ©s, au profit d’une structure privĂ©e et bancale (ni les 260 Églises Ă©vangĂ©liques, ni les musulmans, ni les adeptes de la religion traditionnelle n’y sont reprĂ©sentĂ©s), dont les tentatives de rĂ©conciliation ont Ă©chouĂ© en 2002 comme en 2009 ? AnnoncĂ©e par le prĂ©sident de la RĂ©publique, la dissolution du FFM, après l’usurpation illĂ©gale par le FFKM de sa mission, serait contraire Ă  la loi 2012-010 et par extension, Ă  l’article 168 de la Constitution. Sans parler de la demande d’instaurer un « comitĂ© de suivi », qui permettra aux clercs du FFKM de devenir membres de plein droit d’un organisme public.

Enfin, les citoyens ont constatĂ© avec Ă©tonnement que la rĂ©conciliation, censĂ©e ĂŞtre au cĹ“ur de la dĂ©marche du FFKM, a Ă©tĂ© totalement marginalisĂ©e par les rĂ©solutions de ces Assises dites nationales. L’ancien prĂ©sident Ravalomanana y a gagnĂ© la levĂ©e de sa mise en rĂ©sidence fixe (c’Ă©tait le premier objectif de l’Église FJKM dont il est vice-prĂ©sident), l’ancien prĂ©sident Ratsiraka y a trouvĂ© une tribune d’oĂą il a fait miroiter, une fois de plus, des promesses mirobolantes et vides de contenu. Mais qu’en est-il des 4F : aveu, repentance, vĂ©ritĂ© et fihavanana (fieken-keloka, fibebahana, fahamarinana, fihavanana) ? Rappeler, comme l’a fait Marc Ravalomanana, que chaque ĂŞtre humain a fait des bĂŞtises dans sa vie est une Ă©vidence, et pas un aveu de culpabilitĂ©. Tous ces anciens chefs d’État pourraient avoir Ă  rĂ©pondre de dĂ©tournements, de gaspillages et de tueries, mais aucun n’a avouĂ© ses vĂ©ritables turpitudes, aucun n’a fait repentance de ses actes rĂ©prĂ©hensibles, aucun n’a dit la vĂ©ritĂ© sur ses agissements condamnables. Ă€ l’inverse, tous ont fait preuve d’hypocrisie, invoquant le fihavanana pour obtenir l’amnistie de leurs mĂ©faits, sans qu’il ait Ă©tĂ© demandĂ© Ă  la justice de se prononcer. Disons-le clairement : aussi longtemps que triomphera l’impunitĂ© de la classe politique, la rĂ©conciliation nationale restera un rĂŞve inaccessible.

Au terme de tant de basses manĹ“uvres, le FFKM fait donc savoir que sa tâche est terminĂ©e et qu’il tire sa rĂ©vĂ©rence. C’est ajouter l’irresponsabilitĂ© au ridicule : après voir engagĂ© le pays dans l’impasse, en se cachant derrière des acteurs anonymes, il apporte une nouvelle preuve de son manque total de sens dĂ©mocratique et de son incapacitĂ© Ă  comprendre le bien commun de la nation –clĂ©ricalisme et sectarisme obligent. Les gĂ©nĂ©rations Ă  venir, sacrifiĂ©es sur l’autel de son opportunisme et de son goĂ»t du pouvoir, en paieront le prix...

SeFaFi du 5 mai 2015
Antananarivo, 5 mai 2015


[1]. « Nous sommes profondĂ©ment prĂ©occupĂ©s qu'il y a un risque de dĂ©rapage vers une rĂ©conciliation purement et uniquement politique qui se dessine. Or cela n'est pas du ressort de l'Église. C'est pour cela que nous devons nous en tenir seulement Ă  notre premier objectif : pardon, conversion, vĂ©ritĂ©, rĂ©conciliation. C'est le chemin qui nous conduira Ă  la rĂ©conciliation vĂ©ritable ».

[2]. Bureau de la Conférence épiscopale, 25 avril 2015.

[3]. Dire que le FFKM rĂ©unit les chefs des Églises membres (ECAR, FJKM, FLM, EEM) est une approximation, l’Église catholique Ă  Madagascar n’ayant pas de « chef ». Tous les Ă©vĂŞques sont Ă©gaux en droit, ils se rĂ©unissent en ConfĂ©rence Ă©piscopale qui Ă©lit son PrĂ©sident (actuellement, Mgr DĂ©sirĂ© Tsarahazana, archevĂŞque de Toamasina) et dĂ©signe son reprĂ©sentant au sein du FFKM (actuellement, Mgr Odon Razanakolona, archevĂŞque d’Antananarivo). Tout le reste est littĂ©rature ou fantasme.

[4]. Que le mot « dissolution » ait Ă©tĂ© remplacĂ©, trois jours après les Assises et face au tollĂ© gĂ©nĂ©ral qu’il a suscitĂ©, par « apporter des changements », ne change rien Ă  l’affaire. Cette modification illustre davantage encore l’infantilisme et l’incompĂ©tence de ceux qui ont prĂ©sidĂ© Ă  ces Assises.